Réunis en atelier semestriel au siège de CODAS Caritas Douala, les partenaires du projet « d’Accès au Logement Décent et Appui à l’amélioratioin des quartiers Populaires » évaluent l’étape 2025-2026. Alors que cette phase III se poursuit jusqu’en décembre 2027, les acteurs partagent leurs réussites sur le tri des déchets et se projettent vers l’avenir.
Quand l’engagement citoyen transforme le quotidien
« Avant on me connaissait comme la « maîtresse ». Aujourd’hui, quand on me cherche au quartier, on vous dit : « Tu cherches celle qui se balade pour nous sensibiliser ? » » raconte Elisabeth Njangue avec le sourire. Elle est la présidente de l’Organisation Communautaire de Bonamoutongo (OCB) dans l’arrondissement de Douala 3. C’est l’un des regroupements associatifs mobilisés pour la phase 3 du projet AQP mis en œuvre par le CODAS Caritas de Douala.
Une année après leur intégration à ce projet, cette institutrice de profession est reconnaissante pour le chemin parcouru. En quelques mois seulement, sa vision de la vie de quartier s’est transformée. Grâce aux différentes formations proposées dans le cadre du projet, elle est désormais leader et a appris à identifier, adresser et apporter des débuts de réponses aux problèmes de son milieu de vie.
« Cela fait 18 ans que je vis dans ce quartier. Pendant 18 ans, je n’avais jamais pris le temps de me demander : « Qu’est-ce que nous pouvons faire pour que ça s’améliore ? ». Grâce aux formations du CODAS, cette vision est désormais ancrée en moi » témoigne-t-elle. Un exemple concret de cette transformation est la sensibilisation des habitants de deux blocs de Bonamoutongo au tri des déchets ménagers solides. Le cheval de bataille du projet AQP III est en train de porter ses fruits dans cette zone.
« Nous avons implémenté des activités de tri et cela marche. Ce n’est pas encore massivement suivi, mais certaines femmes dynamiques l’ont déjà adopté. Quand vous passez devant leurs domiciles, vous pouvez identifier des récipients : ici pour les déchets biodégradables et là pour les non-biodégradables. C’est ma plus grande fierté » ajoute Elisabeth, visiblement heureuse.
Des moustiquaires à bouteilles plastiques installées à Bepanda Yonyong
À Bépanda Yonyong, dans l’arrondissement de Douala 5, les retombées du community organizing sont aussi célébrées. Sous l’impulsion de Franck Wilfried Enga, responsable de l’Association des Habitants pour le Développement de Bépanda Yonyong, le quartier a mis en place des zones de collecte de bouteilles plastiques. L’impact de la sensibilisation au tri est réel, même si le manque de matériel freine encore l’élan.
« Nous avons sensibilisé les ménages au bien-fondé du tri. Mais notre difficulté est qu’il n’y a pas de matériel et l’activité est un peu limitée » se désole Franck. « Nous souhaiterions surtout travailler en collaboration avec les autres quartiers qui sont un peu avancés dans l’implémentation de cette phase du projet qui concerne la gestion des déchets » ajoute-t-il.
Ces deux leaders prenaient part aux travaux du 2e comité d’évaluation trimestrielle de la mise en œuvre du projet AQP III au siège du CODAS. À leurs côtés se trouvaient des représentants d’autres organisations communautaires, mais aussi des points focaux du projet auprès des communes d’arrondissement. Au cours de l’atelier, les parties prenantes s’expriment sur la conduite des activités. Par arrondissement, ils identifient les forces et faiblesses et formulent des recommandations pour la suite du projet.
Le regard des institutions : forces, faiblesses et recommandations
Ce comité se focalise sur la période allant du 1er août 2025 au 31 juillet 2026. Une période au cours de laquelle de nouveaux quartiers ont été introduits dans le projet. Un aspect qui a particulièrement retenu l’attention de Dr Bertin Takoulo Point Focal AQP, à la Mairie de Douala 3.
« Les quartiers devaient être précaires dans lesquels le bâtis n’est pas aussi intense pour permettre que l’un des volets du projet notamment la transformation des déchets en bien à travers le compostage soit réalisé dans les potagers.» Il reconnaît que les deux quartiers élus dans son arrondissement à savoir Oyack I et Bonamoutongo, répondent à ces critères.
Au sortir du comité, le Dr Takoulo exprime un sentiment de gratitude : « C’est un sentiment de satisfaction, parce que je me rends compte que le projet est en train de prendre forme. »
Pour Christian Zogo, Point Focal du projet auprès de la mairie de Douala 1er, le bilan est positif : « Le community organizing a permis aux populations de se regrouper en association et d’adresser les problématiques liées à leur quotidien. Il y a aussi eu la formation des populations au tri. Donc elles ont appris quelque chose de nouveau. »
Pour la suite, il recommande : « Il faut mettre un accent plus grand sur le community organizing et la transmission des compétences. Il faut pouvoir délivrer des attestations à certains personnels des communes. Cela permettra de dupliquer les modèles à volonté dans toute la ville. » conclut Christian Zogo.
Pourquoi le focus sur les déchets ?
Image: Tableau illustratif des quartiers du projet
Le projet AQP III intervient dans 10 quartiers populaires de Douala, à raison de 2 quartiers dans 5 arrondissements de la ville.
Le focus sur la gestion des déchets n’est pas anodin. Selon les données de la Communauté Urbaine de Douala, la ville produit plus de 2700 tonnes de déchets par jour. Face au foisonnement des dépôts sauvages et à la saturation des décharges, des solutions de proximité comme le tri à la source et le compostage deviennent urgentes.
C’est tout le sens des travaux du comité d’évaluation semestriel. Il est question d’ écouter le terrain, ajuster le tir, et s’assurer que le projet répond vraiment aux besoins des populations.


